Echos du CNHIM 2004, XXV, 6            

Evaluations pharmaco économiques : quelle utilité ?

L’aventure a commencé dans le 1er numéro de la première année du second millénaire… tout un symbole !!!!

 

Plus sérieusement, c’est avec un réel enthousiasme et une confiance sans bornes que nous avons ouvert voici 5 ans les pages de Dossier du CNHIM à des évaluations pharmaco économiques de traitements médicamenteux, évalués dans la première partie de l’article au plan clinique comme nous avons l’habitude de le faire.

 

Autour de Marie Christine Woronoff Lemsi (Besançon), pivot central de ce travail, Samuel LIMAT, Philippe Fagnoni, Céline Menat, Edgar Tissot, Isabelle Chartrin, se sont mis à l’ouvrage, décortiquant pour chaque numéro la bibliographie sur le sujet. Pour chaque thème, une synthèse et des conclusions concrètes, utilisables dans la pratique, ont ensuite été dégagées.

 

Après un premier article général de méthodologie (Dossier CNHIM 2000, XI,1) ont ainsi été successivement évalués : les antibactériens dans les neutropénies fébriles, les nouveaux traitements de l’angor instable, la place de la ribavirine dans l’hépatite C, le palivizumab dans la bronchiolite à VRS, les traitements d’éradication d’Helicobacter pylori, les traitements de la maladie de Crohn, Milnacipran, venlafaxine et mirtazapine dans les épisodes dépressifs majeurs, les tocolytiques dans la menace d’accouchement prématuré, la prévention des accidents ischémiques cérébraux, l’olanzapine dans la schizophrénie, les traitements substitutifs de l’hémophilie A et B, les traitements de la polyarthrite rhumatoïde, la place des anticorps monoclonaux dans la prévention du rejet aigu de greffe du rein.

 

Travail difficile et laborieux, mais chaque fois porté par la conviction que l’apport intellectuel et concret pour les professionnels de santé était tel que le jeu en valait bien la chandelle.

 

Mais conviction, enthousiasme et confiance ont faibli au fil des numéros 2004.Pour plusieurs raisons :

 la complexité du travail.

 En effet, la pharmaco économie s’intéresse à des populations « non contrôlées » et identifie précisément les ressources médicales consommées par l’ensemble des stratégies mises en œuvre dans le but de les valoriser et leur attribuer un coût.

 

Mais ces études sont souvent parcellaires en termes de stratégies thérapeutiques et de critères de mesure des résultats ce qui oblige à agréger des données provenant de sources différentes. Par ailleurs la très grande majorité des études sont anglosaxones, donc réalisées dans un contexte de système de soin différent du nôtre, bien difficile à extrapoler pour la France.

 

Enfin les études menées indépendamment des laboratoires pharmaceutiques concernés sont rarissimes, et la question de l’indépendance des évaluations se pose.

 

L’absence apparente d’impact dans les stratégies thérapeutiques. En France, l’absence de prise en compte de ces études aux différents échelons de l’évaluation du médicament par les tutelles stérilise le champ de leur mise en œuvre. Tout cela rend bien complexe leur extrapolation et leur utilisation dans la pratique hospitalière.

 

Je remercie encore les auteurs pour leur investissement innovant  et leur persévérance, et leur donne rendez-vous lorsque l’intérêt collectif sera plus manifeste, dans quelques années. Après une pause de maturation.

 

Marie Caroline HUSSON - Rédactrice en chef Dossier du CNHIM