Editorial 2005, XXVI, 3           

 

Les traitements médicamenteux de la Maladie d’Alzheimer

Les traitements de la maladie d’Alzheimer représentent des enjeux remarquables de par l’ampleur de la maladie, les progrès actuels, les recherches en cours.


1. L’ampleur de la maladie d’Alzheimer. La maladie d’Alzheimer longtemps confondue à tort avec le vieillissement, touche chaque année 150 000 nouveaux patients, pour atteindre aujourd’hui 800 000 sujets. Du fait de sa durée, en moyenne 8 à 12 ans, de sa sévérité, de ses conséquences sur l’entourage, elle fait partie de ces maladies qui, comme la tuberculose dans le passé et aujourd’hui le cancer, vont transformer notre système de soins. Elle représente aujourd’hui plus de 60 % de la dépendance des personnes âgées, plus de 70 % des résidents en EHPAD (Etablissement Hébergement pour Personne Agées Dépendantes) et des sujets hospitalisés dans les services de gériatrie. Les flux de
patients EHPAD, SAU (services d’accueil et de traitement des urgences), augmentent de façon considérable. Les capacités des centres mémoire à différencier un trouble de la mémoire bénin de celui qui va évoluer vers une démence de type Alzheimer ouvrent les champs du diagnostic précoce à un stade non démentiel. Le coût de la maladie d’Alzheimer en France est de nos jours estimé à plus de 10 milliards d’euros.


2. Les progrès actuels. L’apparition des inhibiteurs des cholinestérases, premiers médicaments symptomatiques de la maladie d’Alzheimer ont profondément modifié la prise en charge des patients. Les bénéfices obtenus pour les patients, et donc pour leur famille, s’observent non seulement au niveau des fonctions cognitives mais aussi au niveau des complications psychiatriques de la maladie et de la perte d’autonomie. Ainsi l’histoire naturelle des patients est selon les résultats d’une étude du réseau français sur la maladie d‘Alzheimer (PHRC Real.Fr*) différente de ce qu’elle était avant l’apparition des traitements ; la perte de MMSE (Mini Mental State Examination) après un an
est diminuée de façon significative, de même que la perte d’autonomie et les placements en maison de retraite. Ces résultats sont le fait non seulement de l’apparition des nouveaux médicaments mais de la prise en charge plus adaptée qui a pu être mise en place à cette occasion : meilleur suivi des malades, mobilisation des aides, prise en charge nutritionnelle, dévelopement des consultations mémoire, des unités d’hospitalisation Alzheimer.


3. Les traitements actuels ne permettent cependant pas de transformer le cours de la maladie, de sorte que la recherche thérapeutique sur la maladie d’Alzheimer est un enjeu essentiel. Nos hôpitaux doivent se donner les moyens de répondre de façon efficace en se dotant des moyens nécessaires. De grandes études se développent sous l’égide de l’EADC, consortium européen sur la maladie d’Alzheimer, ou sous l’égide de l’industrie pharmaceutique, notamment avec le développement de médicaments ayant un but non pas tant symptomatique que de modification réelle du cours de la maladie, à savoir les médicaments anti-amyloïdes. Il faut que la
France ait une position pilote dans ce domaine afin d’en faire bénéficier nos patients dès que cela sera possible.



Pr Bruno Vellas, Centre de Mémoire de Ressources et de Recherche (CMRR),
Pole Gériatrie,Chu—31300 - Toulouse



* étude Real.Fr, Jour Nutr Health Aging , 2005, 1 : 2-63

 

Pr Bruno VELLAS