Editorial 2014, XXXIV, 4

 

Editorial

 

Pr Patrick Tounian

Chef du service de nutrition et gastroentérologie pédiatriques

Hôpital Trousseau, AP-HP

Reflux gastro-œsophagien : le mal des maux

 

Comme tous les pédiatres spécialisés en gastroentérologie pédiatrique, j’ai souvent été sollicité pour donner un avis sur un enfant suspect de reflux gastro-œsophagien (RGO), le plus souvent résistant aux thérapeutiques usuelles.

 

La diversité des symptômes qui incitent les confrères à évoquer cette pathologie est surprenante : pleurs inexpliqués, troubles du sommeil, difficultés alimentaires, dysphonie, toux, torticolis, infections ORL à répétition, douleurs abdominales, mauvaise croissance pondérale, anémie inexpliquée, etc.

Il est tout aussi curieux de voir à quel point les parents acceptent de donner à leur enfant pendant des mois un traitement qui n’a manifestement aucune efficacité puisque un avis spécialisé est requis.

Mais le plus étonnant est d’observer qu’au cours de mes presque 25 années de carrière, j’ai plus souvent arrêté – avec succès – des traitements anti-reflux que je n’en ai initiés.

Un tel constat me conduit naturellement à m’interroger sur ce mal injustement incriminé dans tant de maux.

 

La grande fréquence des régurgitations chez le nourrisson fait du RGO le coupable idéal pour expliquer les nombreux maux survenant à cet âge (pleurs, difficultés alimentaires, infections ORL à répétition, etc.) dont on ne connait ni l’origine exacte, ni le traitement.

La patience semble pourtant être la plus efficace des thérapeutiques.

 

L’adultomorphisme pourrait également être responsable de ces abus diagnostiques.

Le RGO est fréquent, douloureux et souvent invalidant chez l’adulte.

L’extrapolation à un enfant qui semble avoir mal ou qui a des difficultés à boire son biberon est tentante.

Mais il ne s’agit nullement de la même maladie, celle de l’enfant guérit le plus souvent avec le temps, alors que celle de l’adulte a tendance à s’aggraver.

 

Les nombreux médicaments anti-reflux mis sur le marché au cours des 20 dernières années et largement promus par leurs fabricants ont aussi probablement joué un rôle non négligeable dans ces escalades thérapeutiques.

 

Avant qu’il ne soit interdit, le nombre de nouveau-nés sortant de maternité avec une prescription de cisapride était impressionnant !

Lorsqu’il a été retiré du marché, le métoclopramide l’a remplacé jusqu’à sa propre interdiction qui a vu l’avènement de la dompéridone bien que son inefficacité totale dans le traitement du RGO ait clairement été établi. Sans oublier ces innombrables nourrissons traités inutilement par des anti-sécrétoires gastriques (anti-H2, puis IPP) pour une suspicion d’œsophagite qu’ils n’ont pas.

Rappelons au passage que les IPP n’ont jamais reçu d’autorisation des instances sanitaires françaises et internationales pour être utilisés avant l’âge d’un an …

 

Enfin, je suis impressionné par le recrutement exceptionnel de certains de mes confrères.

Ils multiplient les endoscopies digestives, les pH-métries, voire les manométries œsophagiennes, pour l’un des motifs précédemment évoqués, et posent avec une fréquence incroyable le diagnostic d’œsophagite peptique ou de RGO pathologique.

 

Leur perspicacité diagnostique me donne des complexes car la grande majorité de ces mêmes examens pratiqués à l’hôpital Trousseau devant les mêmes symptômes s’avèrent normaux.

C’est sûrement pour cette raison que nous arrêtons les traitements qu’ils prescrivent

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