Editorial 2014, XXXIV, 5

 

Editorial

 

Dr Daniel Annequin

Responsable du Centre de Référence de la migraine de l'enfant et de l'adolescent et du Centre de la douleur

Hôpital d'enfants Armand Trousseau

AP-HP

Douleur de l’enfant, des avancées significatives insuffisamment appliquées

 

Il y a encore trois décennies, des actes invasifs ou chirurgicaux étaient couramment pratiqués sans la moindre analgésie chez l’enfant : fermeture du canal artériel, amygdalectomie, adénoïdectomie, circoncision, sutures, endoscopies… La douleur était considérée soit comme inexistante, soit sans conséquence pour l’enfant.

Un long chemin a été parcouru depuis 20 ans, des plans nationaux de lutte contre la douleur ont vu le jour, le second plan (2002-2005) a placé la douleur de l’enfant dans les 3 priorités nationales. La douleur provoquée par les soins a été également mise en avant.

En 2000, l’ANAES élabore les premières recomman-dations françaises.

En 2009, l’AFSSAPS a produit des recommandations de bonne pratique sur les médicaments de la douleur de l’enfant.

La HAS via la certification demande aux hôpitaux de mettre en œuvre des moyens pour la prise en charge de la douleur. Une littérature scientifique abondante témoigne des avancées concernant la meilleure connaissance des mécanismes et des traitements de la douleur de l’enfant.

L’association SPARADRAP (www.sparadrap.org) a réalisé des livrets, des affiches, des DVD destinés aux enfants, aux familles et aux soignants ; la diffusion de ces documents de grande qualité a permis de largement « démocratiser » les bonnes informations à un large public. Malgré ces progrès, malgré les incitations, de nombreux enfants ne bénéficient toujours pas d’une couverture antalgique satisfaisante. Les bonnes pratiques apparaissent encore trop souvent « soignant dépendantes ».

 

Zone de Texte: Témoignage d’une maman décrivant le passage aux urgences d’un ami de son fils pour une plaie du cuir chevelu (1)
 … Je demande à l'infirmière s'il va avoir du MEOPA. Elle me dit, sans même prendre la peine de me regarder, que c'est le médecin qui décidera… Je suis rassurée de reconnaître le médecin qui avait soigné mon fils avec tant d’humanité quelques mois auparavant. A force de plaisanteries et de questions anodines, l’équipe avait réussi à le faire rire pendant qu’on lui  plâtrait le poignet… Mais là, à peine arrivé, le docteur attrape une grosse agrafeuse. Chtak, il agrafe la plaie, à vif, encore endolorie par le nettoyage. Alex écarquille les yeux de surprise, d'effroi et de douleur, son corps se cabre. Il dit "s'il vous plaît, s'il vous plaît". J'ai envie de pleurer. Je sais que ce n'est que le début : vue la taille de la plaie, il va falloir plusieurs agrafes. Deux infirmières contiennent l’enfant. Pour elles, j’imagine que c’est du quotidien. L’habitude. Chtak, une deuxième, chtak une troisième. Alex ne crie plus, il râle. Un son rauque. Chtak quatrième. Je me sens tellement impuissante… La maman d'Alex est pétrifiée. Chtak sixième. Chtak septième agrafe. C'est fini. La honte. Je m’en veux de n’être pas intervenue. La maman réconforte son bonhomme comme elle peut. Quand je me mets en colère, le médecin me dit « on va lui donner un antalgique maintenant ». Petit sourire mi-fatigué, mi-condescendant : « bah, il oubliera vite » me dit-il…

 

La violence subie par les enfants en l’absence de couverture antalgique est une problématique émer-gente ; la question de la maltraitance institutionnelle se pose (2). La non utilisation de moyen antalgique peut maintenant engager la responsabilité des soignants et/ou des établissements de soin comme l’atteste la condamnation d’un établissement hospitalier (3).

 

Il faut saluer la publication de cet article dans Dossier du CNHIM, qui synthétise parfaitement l’état de nos connaissances sur la douleur provoquée par les soins. Le MEOPA demeure indispensable pour régler simplement une très grande majorité de situations courantes mais cette méthode connait des échecs. Le mérite de cet article est aussi d’avoir ouvert le chapitre « kétamine » qui constitue une réponse alternative aux échecs du MEOPA ; la mise à disposition en France de S-kétamine, l’utilisation de voies moins invasives (nasale par ex) constituent des pistes très prometteuses.

 

1. http://www.pediadol.org/temoignages-recus-a-pediadol.html

2. Annequin D. Méconnaissance, négligence, maltraitance ? La douleur de l'enfant. Quelles réponses ? 2008 Dec 8 ; Pediadol ; 2008 p. 3-10.

3. Lelievre N. Absence de prise en charge de la douleur et responsabilité d'un centre hospitalier. Douleurs 2008 ; 8 (6) : 342-4.

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