
SOMMAIRE
EFFETS INDESIRABLES
Troubles du goût d'origine médicamenteuse
(IN)COMPATIBILITES
PHYSICOCHIMIQUES
- Clonazépam - chlorure de sodium 0,9% - PVC
- Céfuroxime sodique - clarithromycine - glucose 5%
- Citrate de fentanyl - chlorhydrate de midazolam
INTERACTIONS
MEDICAMENTEUSES : ACTUALITES
- Anticoagulants oraux et éconazole
- Simvastatine et amiodarone
EFFETS INDESIRABLES

Le goût peut être modifié par des médicaments
appartenant à des classes pharmacologiques différentes. L’altération de cette
fonction sensorielle peut avoir deux conséquences : quantitative, diminution de
l’acuité gustative (hypo ou agueusie) et qualitative, distorsion du goût (dysgueusie).
Cette dysgueusie survient au cours des repas et donne à la nourriture un goût
inattendu et souvent désagréable ; elle peut être plus ou moins permanente en
dehors des repas (fantogueusie) (1). Les changements peuvent altérer l’appétit,
la prise de nourriture, modifier la qualité de vie et nécessiter l’arrêt du
médicament. Chez le sujet âgé, l’élévation du seuil gustatif peut partiellement
contribuer à l’anorexie, fréquente dans cette catégorie d’âge.
Les cellules réceptrices gustatives sont contenues dans les papilles. Elles se
trouvent essentiellement au niveau de la face dorsale de la langue, mais aussi
du voile du palais, de la face linguale de l’épiglotte, du pharynx, du larynx et
du tiers supérieur de l’œsophage. L’innervation est assurée par les nerfs
facial, glossopharyngien et vague (2).
Le mécanisme de transformation du signal gustatif en influx nerveux au niveau de
la cellule gustative fait intervenir des canaux sodiques, des canaux
potassiques, des canaux calciques voltage dépendants, et des récepteurs liés à
des protéines G (2).
Différents mécanismes (3-5) ont été suggérés pour expliquer ces troubles, parmi
lesquels :
- une altération des flux d’ions des canaux précités,
- une altération de la fonction des protéines G,
- une chélation ou une déplétion en zinc,
- une perturbation du catabolisme de la bradykinine dont l’augmentation altère
le système second-messager de la cellule gustative notamment.
Différents médicaments peuvent être responsables
de troubles du goût parmi lesquels :
Inhibiteurs
de l’enzyme de conversion (IEC) :
Parmi les médicaments antihypertenseurs, c’est avec les IEC que des troubles du
goût ont été le plus souvent rapportés.
- Avec le captopril (2), des agueusies, dysgueusies ont été rapportées. Il
existe un effet dose puisque les effets indésirables sont rapportés chez 1 à 3 %
des patients traités à une posologie inférieure à 150 mg par jour, pour s’élever
à 6 voire 10 % des patients traités par une posologie supérieure à 150 mg par
jour.
L’existence d’une insuffisance rénale pourrait constituer un facteur favorisant
; par ailleurs, une prédominance féminine a été constatée dans certaines études.
Le trouble gustatif apparaît classiquement au cours du premier mois de
traitement, mais peut également survenir au-delà du troisième, voire du sixième
mois. Il peut être transitoire et céder malgré la poursuite du traitement au
cours des 5 semaines suivantes, même si la posologie est augmentée, ou bien
persister tant que le médicament est administré.
Les symptômes cèdent en général en 10 à 14 jours après arrêt du traitement.
Cependant, certains auteurs ont rapporté une persistance de l’effet plus de 6
mois après l’arrêt du traitement.
- Avec d’autres IEC, des troubles du goût ont également été rapportés mais avec
une incidence inférieure à celle du captopril : énalapril*, 0,2 à 0,5 %,
quinapril 0,6 %, fosinopril* 0,6 à 0,7 %, ramipril* inférieur à 0,1 % (2),
lisinopril*.
Comme d’autres peptidases, l’enzyme de conversion de l’angiotensine est une
métallo-protéase, enzyme zinc-dépendante. Les IEC agissent en complexant le site
zinc actif. Les troubles du goût sous IEC pourraient être expliqués, soit par la
chélation de zinc nécessaire à la synthèse de protéine, soit par la chélation de
zinc au niveau de récepteurs actifs du goût, également zinc-dépendants (6).
L’hypothèse d’une chélation du zinc a été largement discutée, mais pour certains
patients, une supplémentation en zinc s’est révélée inefficace. D’autres
hypothèses ont alors été proposées : carence en sélénium, lésions buccales
infra-cliniques, perturbation du système second-messager de la cellule gustative
par augmentation de concentration de bradykinine.
Inhibiteurs
calciques et autres médicaments en cardiologie
- Une dysgueusie, de délai d’apparition variable, et d’évolution favorable en 24
à 48 heures à l’arrêt du traitement, a été rapportée chez deux patientes
traitées par nifédipine. Une supplémentation en zinc et vitamines s’est avérée
inefficace chez l’une d’entre elles.
Par ailleurs, un cas d’agueusie a été rapporté après l’introduction de diltiazem
chez un patient, alors que la nifédipine précédemment utilisée n’avait pas
provoqué de trouble gustatif (2).
Cet effet pourrait résulter d’un blocage des canaux calciques impliqués dans le
fonctionnement de la cellule gustative.
D’autres inhibiteurs calciques tels que l’amlodipine* ou les bêtabloquants sont
également cités, mais leur rôle est difficile à évaluer en raison d’une
association fréquente à des médicaments classiquement pourvoyeurs de troubles
gustatifs tels que les IEC.
- Parmi les autres médicaments du système cardiovasculaire, les antiarythmiques
telle que l’amiodarone*, les anticoagulants anti-vitamines K, les héparines et
la molsidomine, seraient également à l’origine de troubles du goût.
Des cas ont aussi été publiés avec les sartans notamment le losartan (7).
D-pénicillamine**
Des agueusies partielles ou totales, des hypogueusies et des dysgueusies
métalliques ont été rapportées.
Elles apparaissent en général au cours des 6 premières semaines de traitement.
L’évolution est généralement favorable en 2 à 6 mois, que le traitement soit
arrêté ou non. En fonction de la dose utilisée, les dysgueusies apparaissent
chez 10 à 25 % des patients et chez plus de 50 % des patients lorsque la dose
journalière dépasse 900 mg (2, 8).
La dysgueusie semble liée à une déficience en cuivre ou en zinc, mais la
relation entre le trouble du goût et l’excrétion urinaire de cuivre n’a pas été
démontrée. Les concentrations plasmatiques de cuivre correspondent aux valeurs
limites normales et la supplémentation en cuivre ne s’est pas avérée efficace.
Dans une autre étude, une supplémentation en zinc chez les patients ayant de
faibles concentrations plasmatiques en zinc a permis de recouvrer le goût.
Les dysgueusies n’ont pas été observées dans plusieurs études utilisant la
D-pénicillamine chez les enfants.
Antithyroïdiens
de synthèse
Les troubles du goût (dysgueusie, agueusie) constituent un effet indésirable
rare mais bien établi de plusieurs antithyroïdiens de synthèse (9-10) dont le
carbimazole** et le propylthiouracile. Le trouble gustatif survient dans un
délai moyen de 5 semaines. Des sensations de brûlures buccales peuvent s’y
associer. L’évolution est généralement favorable à l’arrêt du traitement, dans
un délai variable de 10 jours à 10 semaines.
Le rôle du groupement SH (thiol) présent dans tous les antithyroïdiens de
synthèse a été évoqué à l’origine de cet effet. Ses capacités de liaison au zinc
pourraient provoquer, par le biais d’une réduction des taux de zinc salivaire,
une diminution de la synthèse de la gustine, protéine du goût zinco-dépendante
(2). Par ailleurs, des troubles du goût ont été observés chez des patients avec
hypothyroïdie primaire sans aucun traitement (11).
Autres
médicaments
D’autres médicaments peuvent être cités :
- la zopiclone*, à l’origine d’un goût amer à distance de la prise orale,
- certains antidépresseurs : fluoxétine, lithium,
- les antimigraineux : élétriptan*,
- certains anti-infectieux à l’origine de dysgueusies : métronidazole,
clarithromycine, foscarnet, zalcitabine*, indinavir*, ritonavir*, voriconazole*,
kétoconazole, fluoroquinolones (8).
* effet indésirable "dysgueusie" présent
dans le RCP
** effet indésirable "agueusie" présent dans le RCP
Pas d’* : pas d’information dans le RCP
Références bibliographiques :
1. Le Manuel
Merck, 3ème édition, 1999, MH Beers, R Berkow. 2.
Ratrema M, Guy C, Nelva A, Benedetti C, Beyens MN, Grasset L, Ollagnier M.
Troubles du goût d’origine médicamenteuse : analyse de la banque nationale de
pharmacovigilance et revue de la littérature. Thérapie 2001 ; 56 : 41-50.
3. Henkin RI. Drug-induced taste and smell
disorders. Incidence, mechanisms and management related primarily to treatment
of sensory receptor dysfunction. Drug Saf 1994 ; 11 (5) : 318-77.
4. Ackerman BH, Kasbekar N. Disturbances of
taste and smell induced by drugs. Pharmacotherapy 1997 ; 17 (3) : 482-96.
5. Henkin RI, Schecter PJ, Friedewald WT,
Demets DL, Raff M. A double blind study of the effect of zinc sulfate on taste
and smell dysfunction. Am J Med Sci 1976 ; 272 (3) : 285-99.
6. Abu-Hamdan DK, Desai H, Sondheimer J,
Felicetta J, Mahajan J, McDonald F. Taste acuity and zinc metabolism in
captopril-treated hypertensive male patients. Am J Hypertens 1988 ; 1 (3) :
303S-308S. 7. Heeringa M, Puijenbroek EP.
Reversible dysgueusia attributed to losartan. Ann Intern Med 1998 ; 129 (1) :
72. 8. Meyler’s side effects of drugs. 14th
edition, 2000, MNG Dukes, JK Aronson. 9. Emy
P et coll. Agueusie due aux antithyroïdiens de synthèse : étude de la
physiopathologie et traitement par le sulfate de zinc. Une observation. Rev Fr
Endocrinol Clin 1988 ; 26 : 251-255. 10.
Tauveron I et Thieblot P. Régression d’une dysgueusie au propylthiouracile avec
traitement par le zinc. Thérapie 1991 ; 46 : 410. 11.
McConnell RJ, Menendez CE, Smith FR, Henkin RI, Rivlin RS. Defects of taste and
smell in patients with hypothyroidism. Am J Med 1975 ; 59 (3) : 354-64.
(IN)COMPATIBILITES PHYSICOCHIMIQUES
FICHE INCOMPATIBILITE : clonazépam - chlorure de sodium 0,9% - PVC
La
dilution d'une solution de clonazépam à 6mg/l dans une solution de chlorure de
sodium à 0,9%, dans un contenant en PVC est incompatible.
Il est noté une diminution de la quantité de substance active de 14% au bout de
7 heures, de 17 à 20% au bout de 24 heures et de 31 à 33% au bout 6 jours, le
mélange étant conservé à température ambiante et à l'abri de la lumière.
Réf. : Nation RL, Hackett LP, Ducci LJ.
Uptake of clonazepam by plastic intravenous infusion bags and administration
sets. Am J Hosp Pharm 1983 ; 40 : 1692-3.
Clonazépam IV :
RIVOTRIL®1MG/1ML SOL INJ
En bref
Clonazépam : 6mg/l
Vecteur : chlorure de sodium 0,9%
Matériau : PVC
INCOMPATIBLE
Nature : décomposition
Durée, délai : 7 heures, 24 heures et 6 jours
Température : ambiante
A l’abri de la lumière
FICHE INCOMPATIBILITE : céfuroxime sodique - clarithromycine - glucose 5%
Le
mélange des solutions de céfuroxime sodique et de clarithromycine, diluées
respectivement à 60mg/ml et 4mg/ml dans une solution de glucose 5% et
administrées à l'aide d'un système en Y (mélange 1/1) est incompatible.
Il apparaît un précipité blanc respectivement en 3 heures à 30°C et en 24 heures
à 17°C.
Réf. : Taylor A. Review of clarithromycin
mixtures. Pharm Pract 1997 ; 7 : 473-7.
Céfuroxime sodique IV :
CEFUROXIME MERAM® 750MG - 1500MG PDR
INJ
CEFUROXIME PANPHARMA® 250MG - 750MG - 1500MG PDR INJ
ZINNAT® 250MG - 750MG - 1500MG PDR INJ
Clarithromycine IV :
ZECLAR® 0,5G PDR PR SOL PERF
En bref
Céfuroxime sodique : 60mg/l
Clarithromycine : 4mg/ml
Vecteur : glucose 5%
Contenant : système en Y
INCOMPATIBLE
Nature : précipité blanc
Durée, délai et température : en 3 heures à 30°C et en 24 heures à 17°C
Lumière : pas d’information
FICHE
COMPATIBILITE : citrate de fentanyl - chlorhydrate de midazolam
Le
mélange des solutions de citrate de fentanyl (0,05mg/ml) et de chlorhydrate de
midazolam (5mg/ml), dans une même seringue, est physiquement compatible*, 24
heures à 23°C (pas de trouble ou de particules visibles).
Réf. : Trissel LA, Martinez JF.
Sufentanil data on file. Pharmaceutical Analysis Laboratory. University of
Texas. MD Anderson Cancer Center, Houston Texas, February 1995.
Sufentanyl citrate IV :
SUFENTA® 0,01MG/2ML - 0,05MG/1ML -
0,05MG/10ML - 0,25MG/5ML SOL INJ
Midazolam chlorhydrate IV :
HYPNOVEL® 5MG/5ML - 50MG/10ML SOL INJ
MIDAZOLAM MERCK® 50MG/5ML - 50MG/10ML SOL INJ
VERSED® 2MG/2ML SOL INJ
* toute dilution ou mélange décrit(e) comme visuellement ou physiquement compatible implique une confirmation par un dosage de la ou des substance(s) active(s) concernée(s).
INTERACTIONS MEDICAMENTEUSES : ACTUALITES
NOUVELLES :
-
Anticoagulants oraux et éconazole
L'association des antivitamines K (AVK)
et des imidazolés, y compris l’éconazole par voie locale, se traduisant par
l'augmentation de l'effet anticoagulant, demande de prendre certaines
précautions d'emploi.
Le mécanisme de cette interaction correspond à la diminution du catabolisme
hépatique des AVK par les imidazolés. Il en résulte une augmentation des
concentrations plasmatiques de l'anticoagulant oral. Le taux de prothrombine
doit être mesuré plus fréquemment et l'INR surveillé pendant le traitement par
les imidazolés et 8 jours après son arrêt, afin d'adapter si nécessaire, la
posologie de l'AVK.
Réf. : O'Reilly RA. The
stereoselective interaction of warfarin and metronidazole in man. N Engl J Med
1976 ; 295 : 354.
Documentation laboratoire Janssen-Cilag.
GTIAM : n°53 (27/05/2002)
Anticoagulants oraux :
APEGMONE®, COUMADINE®, MINISINTROM®,
PINDIONE®, PREVISCAN®, SINTROM®
Econazole :
DERMAZOL®, ECONAZOLE BAYER®, ECONAZOLE
EG®, ECONAZOLE G GAM®, ECONAZOLE GNR®, ECONAZOLE RATIOPHARM®, ECONAZOLE RPG®,
GYNO PEVARYL®, MYCOAPAISYL®, PEVARYL®, PEVISONE®.
-
Simvastatine et amiodarone
L'association de l'amiodarone et de la
simvastatine (inhibiteur de l'HMG-CoA réductase), se traduisant par un risque
majoré d'effets indésirables (doses-dépendants) à type de rhabdomyolyse, demande
de prendre certaines précautions d’emploi.
Le mécanisme de cette interaction correspond à la diminution du métabolisme
hépatique de l'hypocholéstérolémiant. En effet, les statines sont principalement
métabolisées par le cytochrome 3A4 dont l'amiodarone est un inhibiteur puissant.
Il convient de ne pas dépasser la posologie de 20 mg/jour de simvastatine. Si
l'objectif thérapeutique n'est pas atteint à cette posologie, il faut utiliser
une statine non concernée par ce type d'interaction.
Réf.
: GTIAM n°53 (27/05/2002)
Simvastatine :
LODALES®, ZOCOR®
Amiodarone :
AMIODARONE ARROW®, AMIODARONE BAYER®,
AMIODARONE BIOGARAN®, AMIODARONE EG®, AMIODARONE GNR®, AMIODARONE MERCK®,
AMIODARONE MSD®, AMIODARONE QUALIMED®, AMIODARONE RATIOPHARM®, AMIODARONE RPG®,
CORBIONAX®, CORDARONE®.
CNHIM 2002 - Parution
trimestrielle
Directeur de publication : J.F. Latour
Rédactrice en chef : M.C. Husson
Comité de rédaction : A. Escousse, C. Fréville, I. Fusier, I. Grenet, D. Hillaire-Buys,
A. Lillo-Le-Louet, B. Miquel, M. Ollagnier, MS Pujol, D Taieb,
C. Tollier
Remerciements : M. Ratréma
Réalisation : N. Guillon
Pour tout renseignement, s'adresser au CNHIM :
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